Schizophrénique marché du travail

ParFrançois De Boutray

Schizophrénique marché du travail

Le mois de janvier a livré ses dernières statistiques sur le chômage en France : les chiffres sont mauvais, désespérément mauvais depuis près d’un an : 4, 3 millions d’inscrits en catégorie ABC, soit une hausse de plus de 5 % sur un an et près de 40 % depuis le début de la crise en  2008.

Pourtant, nos clients nous le disent tous les jours, les difficultés pour recruter depuis deux ans n’ont pas diminué et il est fréquent que des annonces sur les grands sites internet de recrutement ne recueillent que dix ou quinze candidatures par site ce qui est insuffisant aujourd’hui, sauf coup de chance,  pour mener un processus de sélection jusqu’au bout. Que se passe-t-il ?

En premier lieu et ceci fait consensus, il faut prendre en compte que le marché du travail évolue beaucoup plus vite que les profils disponibles. Il ne s’agit donc pas uniquement d’un problème de formation mais aussi d’un simple problème de stock. Comment trouver des « développeurs web » de dix ans d’expérience si la filière n’existait quasiment pas au début des années 2000 ?

Sans doute aussi la course à la productivité depuis vingt ans a-t-elle durci les critères de sélection. Bon nombre d’employeurs rechignant à prendre des risques ne sont plus prêts à considérer  le « peut- il faire le job ? » mais exigent « qu’il ait déjà fait le job », ce qui est très différent et restreint considérablement le choix.

Le marché des candidats se segmente donc. D’un côté on trouve ceux qui ont eu la chance et/ou le talent de développer une expertise recherchée. Pour ces derniers, les nouveaux outils comme les réseaux sociaux ont été l’occasion d’accéder à une visibilité qui était autrefois réservée au top management. Les Cvthèques font la part belle aux « personnes en veille », des personnes en poste dont beaucoup – et ce n’est pas blâmable – ne sont là qu’à l’affût d’une opportunité de booster leur carrière. Nombre de ces candidats pourvu d’un « bon cv » ne répondent plus aux annonces mais se contentent de gérer les appels et parfois les propositions des recruteurs.
A l’autre extrémité, on trouve beaucoup de demandeurs d’emploi, les vrais cette fois, qui ne  semblent pas profiter de la réactivité des nouveaux outils de recrutement. Pour eux, les réponses négatives ou les « pas de réponse du tout » s’accumulent et leur motivation baisse.

job-seekerL’utilité sociale du recrutement parait ainsi singulièrement amoindrie car le raisonnement suivant lequel le départ d’un collaborateur en poste finit toujours par profiter à un chômeur ne se vérifie pas toujours, beaucoup étant remplacés par… à nouveau quelqu’un qui était en poste, avec pour seul effet une hausse des rémunérations pour les heureux bénéficiaires des ces recrutements conformistes.

Ajoutez à cela l’affaiblissement dans notre société de la valeur travail, autrefois critère majeur de la dignité de l’individu mais qui aujourd’hui ne fait plus consensus. « Je ne vais pas prendre n’importe quoi », « J’ai le temps, je préfère attendre et trouver quelque chose qui me convient vraiment », voici des témoignages que nous retrouvons fréquemment dans nos enquêtes d’opinion auprès des chercheurs d’emploi.
 

Voici pourquoi il va falloir nous habituer à vivre à la fois avec un chômage de haut niveau et des dizaines de milliers d’offres emploi non pourvues !

François de Boutray,
PDG d’Aktor

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